Le Havre, quinze heures, un pâle soleil tente d'éclairer la ville en cette journée d'automne bien avancé.
La température, de huit à neuf degrés, n'incite pas à la flânerie et chacun vaque à ses occupations avec une concentration et un sérieux digne des films policiers noirs et blancs des années cinquante.
Assis en tailleur sur le trottoir, un jeune homme attend avec patience et résignation qu'une pièce de monnaie atterrisse dans son escarcelle. Quel est son âge? Dix-huit, dix-neuf, vingt ans peut-être, pas beaucoup plus, car ses yeux sont encore suffisamment ouverts et interrogateurs et son visage sort à peine de l'adolescence. Il n'a pas le regard de celui qui, trop avancé dans la vie, n'attend plus grand chose et survit désespérément jour après jour.
Pour ceux qui connaissent Le Havre, cette ville offre en son centre de larges avenues avec des trottoirs spacieux, le tout construit après la guerre lorsqu'il fallut tout refaire après la destruction par les bombardements. En ce milieu d'après-midi, peu de monde sur les trottoirs, quelques rares passants entrent et sortent des magasins, à la recherche de l'objet magnifique qui fera la joie d'un proche pour la fête de Noël qui approche.
Traversant la rue, une dame entre deux âges, les cheveux auburn coiffés courts, vêtue de manière élégante mais sans ostentation, s'approche du jeune homme qui fait la manche. Elle ralentit comme si elle voulait lui remettre l'une de ces pièces tant désirées. Mais alors qu'elle arrive à la hauteur du jeune quémandeur, elle se met à l'invectiver:
- "Comment pouvez-vous rester assis de cette manière? A votre âge vous devriez travailler! Vous n'avez par honte? C'est un scandale de voir ainsi des jeunes mendier dans la rue!"
L'homme – qui vient probablement d'un de ces pays en guerre qui font régulièrement la une des journaux - fait comprendre qu'il ne parle pas correctement le français et qu'il ne saisit pas vraiment ce que lui veut la dame bien mise.
- "Et en plus vous ne parlez pas français, alors qu'est-ce que vous faites ici?"
Puis elle s'en va en marmonnant, sans faire l'aumône du moindre denier. Elle croise un peu plus loin un homme âgé qui a tout vu et qui lui dit au passage:
- "On voit que vous n'êtes pas dans sa situation!"
Elle réplique d'emblée:
- "J'ai eu faim Monsieur! Et je m'en suis sortie en me battant!"
La dame, qui n'a rien de ces jeunes femmes filiformes et maigres qu'on voit dans les magazines de mode, a un léger recul lorsqu'elle s'entend dire:
- "Vous avez peut-être eu faim mais vous n'en avez pas tiré beaucoup d'enseignement."
Puis elle a s'en va en haussant les épaules. Le jeune homme, quant à lui, baisse la tête un moment puis il tourne son regard vers d'autres passants qui s'approchent. Le soleil pâle tente encore d'apporter un peu de lumière, mais il semble bien fatigué lui aussi...
Pour terminer sur une note plus artistique, voici quelques tableaux de la ville du Havre réalisés par l'un de ses artistes: Gérard Duboc





Références: Les tableaux présentés dans cet article on été réalisé par Gérard DUBOC, artiste numérique


