Le 10 août 2011 Ségolène Royal, lors d'une conférence de presse consacrée à la Crise, a invité les responsables politiques à créer les conditions nécessaires à l'instauration d'un «ordre international juste». Elle appelle les dirigeants à la tête des états et des gouvernements, à remettre en ordre ce qui est actuellement en désordre.
Madame Royal propose implicitement de remplacer le Nouvel Ordre Mondial par un Ordre International Juste. On peut imaginer que sa démarche est sincère et qu'elle souhaite un monde meilleur pour l'ensemble de nous tous. On peut aussi être moins sensible à sa vision du monde et imaginer que sa proposition n'est qu'une de ces envolées lyriques dont les politiques ont le secret.
Mais les paroles ont un sens et on ne peut pas les utiliser n'importe comment. Il semble par conséquent judicieux d'examiner ces trois mots: ordre, international et juste.
Ordre
Les dictionnaires consultés donnent, pour le mot ordre, une signification plus ou moins équivalente à ceci: état d'un ensemble dont tous les éléments sont organisés, à leur place, en conformité avec un nombre de règles établies, une norme. Pour avoir une description complète et exacte du mot ordre, il convient de consulter les dictionnaires, le but ici n'étant pas d'entrer en concurrence avec l'académie française ou tout autre organisme en charge de la diffusion de la langue française.
Mais parler d'ordre aujourd'hui donne l'impression d'aller à contre courant de l'évolution. De plus en plus de chercheurs se penchent sur les notions de systèmes complexes et sur l'évolution plus ou moins aléatoire de ces systèmes. Or s'il y a bien un système complexe digne de cette dénomination, c'est le genre humain! Vouloir mettre de l'ordre dans le système représenté par l'ensemble des humains, c'est à dire vouloir ranger, organiser, classer, normer l'existence et les actions des humains, c'est une tâche trop complexe pour être laissée à la diligence des dirigeants. C'est aussi une démarche ambitieuse et quelque peu arrogante qui, s'il elle était d'usage dans les décennies et les siècles passés, n'est plus d'actualité dans ce monde interconnecté. C'est peut-être également une démarche inutile dans la mesure où l'être humain, homo sapiens, est doué d'un minimum d'intelligence et qu'il tente la plupart du temps d'utiliser cette intelligence au mieux de ses intérêts propres.
Le mot ordre fait peur à un grand nombre de gens à travers le monde. Il est en effet une entrave, partielle ou totale, à la liberté, par les règles qu'il nécessite d'instaurer. La liberté est le fait de pouvoir agir en dehors de toute contrainte, soit individuellement, soit collectivement. La liberté c'est aussi l'affranchissement de la domination de l'homme par l'homme. Mais la liberté nécessite des limites et tous les grands courants philosophiques et religieux l'ont largement souligné. L'éthique de réciprocité: "traite les autres comme tu voudrais être traité si tu étais à leur place" ou "la liberté s'arrête là où commence des autres", est un principe moral quasi universel.
Alors vouloir établir un ordre pour le fonctionnement de la société humaine, c'est un peu se voiler la face sur les épreuves qui nous attendent et sur celles qui attendent les générations à venir.
Pour atteindre un fonctionnement cohérent, harmonieux, respectueux des autres humains, des autres espèces et de la Terre, la société humaine a un travail de fond à fournir, probablement pendant quelques siècles. Certes pour atteindre ces objectifs il faudra un peu d'ordre au départ, mais pas au sens où on l'entend généralement. Il ne s'agit pas tant d'ordonner le peuple actuel que de donner à chaque être qui naît les clés pour vivre autonome, libre, en empathie avec les autres, respectueux de la vie et conscient de sa place sur Terre et dans l'Univers. En conséquence l'effort et le seul effort à fournir est l'éducation au sens le plus noble du terme, non pas une éducation pour servir un ordre quelconque, mais une éducation respectueuse de chaque individu et de ses aspirations à devenir un être épanoui. Evidemment ceci nécessite le développement d'une intelligence individuelle et collective qui n'a pas beaucoup de chance d'aboutir tant que les dirigeants penseront en termes de pouvoir, de domination, d'économie et de finances, de guerres, d'exploitation des uns par les autres.
Nous devons changer de paradigme maintenant pour aller vers un avenir plus grand, un véritable avenir pour le genre humain. Or Madame Royal avec son "ordre international juste" ne donne pas la direction à suivre, à moyen et à long terme, pour le genre humain. Elle ne fait que reprendre des outils anciens pour les adapter aux contraintes du moment. D'ailleurs elle n'est pas la seule, car il n'y a actuellement aucun responsable politique qui montre un début d'éclairage pour les siècles à venir...
Peut-être serait-il préférable d'envisager de mettre en place les moyens de développer une intelligence individuelle et collective. Ce n'est qu'ainsi que nous sortirons de l'époque obscure que nous traversons. Donc à la place d'ordre, il serait préférable de parler d'intelligence ou encore de conscience.
International
Voici un mot qui limite! Il définit ce qui est commun à plusieurs nations, ce qui est relatif aux relations entre plusieurs nations, ce qui intéresse des groupes de personnes appartenant à diverses nations. C'est un mot qui limite la vision mondialiste, planétaire, qu'il est nécessaire d'avoir aujourd'hui. Les responsables politiques qui utilisent ce terme le font en connaissance de cause, il ne le font certainement pas sans en connaître la signification exacte.
En conséquence lorsque Ségolène Royale utilise le mot international, on peut supposer qu'elle parle des relations entre la France et l'Allemagne, des relations entre les pays membres de la zone Euro, ou encore des relations entre les pays développés. Car si elle avait voulu présenter une vision plus large, elle aurait utilisé le terme mondial qui convient mieux à une vision élargie, ou encore le terme planétaire.
Car les problèmes qui nous attendent, et qui attendent nos enfants, sont d'ordre planétaire. Nous devons bien évidemment nous préoccuper de nos problèmes locaux et de l'avenir de notre pays, mais il ne faut pas oublier qu'il se trouve au milieu d'un mouvement dynamique qui englobe l'ensemble de l'humanité. Il nous faut donc aussi participer à l'avenir du monde, à l'avenir de la planète, c'est à dire agir aussi bien globalement que localement.
Alors, et pour reprendre la même démarche que pour le mot ordre, il aurait été plus judicieux d'utiliser le mot planétaire à la place du mot international, la vision en aurait été élargie et non pas centrée sur des préoccupations trop étriquées. Quant au mot mondial, il est déjà largement utilisé dans le cadre du nouvel ordre qui se met en place et ce n'est pas de ce côté que nous aurons la liberté d'être.
Juste
Voilà bien un mot auquel on fait dire tout et n'importe quoi. En principe il définit ce qui est conforme à une exigence, à une règle, à une norme. Mais être juste c'est, encore une fois, se conformer à un ensemble de règles. Ce qui est juste est ce qui est dans la norme, mais la norme est définie par qui, pour qui et pourquoi? Qui peut s'arroger le droit de définir ce qui doit être dans la norme, donc ce qui est juste et ce qui est injuste? Le noir est la couleur du deuil dans certains pays alors que dans d'autres pays c'est le blanc qui est utilisé. Pourquoi donc vouloir définir une norme? Pour se donner le droit d'utiliser le terme juste?
Utiliser le terme juste semble, pour les décennies et les siècles à venir, un terme désuet faisant partie d'un passé révolu. Pour éclairer l'avenir il serait plus judicieux de parler de partage, de don, de conscience, d'humanisme. Et donc le terme juste pourrait avantageusement être remplacé par le terme partage .
Pour conclure
Lorsque Madame Royal parle d'Ordre International Juste, elle se réfère à ce que nous connaissons déjà et qui fait partie du passé: un ordre, défini par un petit groupe d'individus à un niveau international (de préférence occidental), auquel la majorité des citoyens doit se soumettre, parce que cet ordre a été déclaré comme juste.
Les humains d'aujourd'hui n'ont ni besoin d'un ordre international juste ni d'un nouvel ordre mondial. Ils ont besoin de savoir, d'aimer, de partager, de donner, d'apprendre, de s'exprimer, de trouver leur voie, ceci dans le respect des autres humains, dans le respect des autres espèces, en harmonie avec la planète et en toute conscience de leur place dans l'univers.
Ils ont besoin d'Intelligence Planétaire Partagée. Voici un programme politique bien plus ambitieux que la simple petite liste de mesures nécessaires pour se présenter à la prochaine élection.
Un écho dans la classe politique? Que nenni! Il n'y a pas de visionnaire suffisamment aventurier pour parler d'une "Intelligence Planétaire Partagée" ou d'une "Conscience Planétaire Partagée", dommage pour nous...
Références:


